Au fil de l'eau, S'étonner

Le Laos, par tranches de vie

Cet article aurait aussi bien pu s’appeler « la vie au Laos, un long Mékong tranquille », par soucis de cohérence avec les deux « Au fil du Mékong » précédents. Mais heureusement, ce n’est pas Léo qui écrit, c’est moi.

Cher Laos, nous t’avons quitté le 7 janvier. Voici, par bribes, quelques moments que tu nous as offerts.

« C’est bon, tu peux retirer ton mousqueton de sécurité. » Euh… mais tu es sûr ? Nous sommes si haut ! C’est en effet la dernière zipline de cette journée dans la jungle, mais qui ne nous mènera ni à une plateforme, ni au sol. Nous atterrissons dans une cabane à 40 mètres au-dessus du sol. Joie, excitation, des étoiles plein les yeux, nous courons la découvrir. Est-ce le syndrome de Peter pan, ou l’enfant en nous qui jubile ? Léo et moi rions et nous serrons dans les bras l’un de l’autre : « je suis trop content », me souffle-t-il. Il faut dire que nous avons assisté à un des plus beaux couchers de soleils de notre vie. Seuls au monde. Dans notre cabane. Dans la jungle.

« Va chercher de la glace, s’il te plaît ! » Il est 10 heures du matin, nous sommes le 22 décembre 2018 et j’ai les joues baignées de larmes. Je viens de me tordre la cheville sur la route, à quelques mètres du bateau qui nous mènera d’Houey Xai à Luang Prabang. Elle enfle, je ne peux pas tenir debout. Je suis agacée, et j’ai mal. Léo, désemparé, court demander de la glace au petit vendeur qui n’a rien perdu du spectacle. Un tuktuk passe et me propose de m’emmener au bateau. Je décline, encore plus agacée. Et puis… Et puis nous mettons de la glace, du baume du tigre. Et puis quitte à se tordre la cheville, autant le faire avant de passer deux jours sans déplacements sur le bateau. Et puis je voulais rester longtemps à Luang Prabang, ça tombe bien… Et puis au final, ce ne sera qu’une contracture musculaire, même pas une entorse : une semaine plus tard, je gambade.

« Voici la carte, mais nous avons aussi un menu de Noël… Je vous le décris ? » Le serveur nous parle en français, il est en costume et la lumière est tamisée. Léo et moi nous nous regardons sans rien dire, et nous savons qu’il est déjà trop tard. Allez, va pour le menu de Noël ! Tant qu’à se faire plaisir, autant le faire bien… « On attend peut-être la fin du repas pour savoir si vous prenez des desserts ? » Oui. Oui, bien sûr. Oui oui oui c’est cela. Attendons la fin du repas, sait-on jamais, peut-être qu’on ne voudra pas de desserts ? C’est mal nous connaître. Nous pouffons tous les deux. Ce soir-là, nous boirons du vin, nous nous partagerons un foie gras accompagné de son pain d’épices tout juste sorti du four, Léo savourera son tournedos rossini et moi, mon saumon teriyaki, pour finir sur un coulant au chocolat et une pavlova aux fruits exotiques. C’était fou. C’était trop. C’était hors-budget. C’était génial.

(Une super adresse, que nous recommandons donc : Tangor, à Luang Prabang)

« Night bus Luang Prabang – Vientiane. Do you want the VIP bus or the local bus ? » Local bien sûr ! C’est moins cher, et quoi de mieux pour découvrir les us et coutumes des locaux ? Ce soir-là, nous serons servis. Tout au long de la nuit, nous voyagerons avec les poules, nous nous cognerons la tête au plafond en raison de l’état catastrophique des routes et de la finesse des pneus de notre véhicule. Impossible de dormir, bien sûr, mais aussi de faire quoi que ce soit. La sentence si l’on essaie de lire ou d’écrire ? Une nausée désagréable dont on se passerait bien. La nuit sera courte… ou longue, question de point de vue ! C’est également notre plus long trajet de bus : 21 heures sur la route !

« Yesseuh I would likeu to rent a scoot. » Thomas vient d’entrer dans notre auberge à Thakhek, et nous engageons directement la conversation ! Un couple de français qui va probablement faire la même boucle en scooter que nous, quelle aubaine ! Chloé et Thomas ont une bonne tête, ils nous plaisent tout de suite. Oui oui, parce qu’on choisit nos travel buddies au faciès, nous, on est comme ça. Au final, après avoir gentiment suggéré qu’on pouvait partir en même temps sur nos fidèles destriers, puis s’arrêter aux mêmes grottes, et finalement se retrouver dans la même auberge le soir (« mais chacun à notre rythme hein, il n’y a pas d’obligation à faire la route ensemble ! »), dès le deuxième jour, il était devenu tout naturel de voyager pendant ces quelques jours ensemble. On avait bien choisi. Quel plaisir !

« Oh putain ! C’est bon hein ? Comme à la maison ! ». Non, non, vous ne rêvez pas : nous sommes le 31 décembre 2018 en plein cœur du Laos et le propriétaire de notre guesthouse vient de mettre Aline au karaoké, en égrenant les jurons qu’il connaît en français. Le « putain » sort pour chaque occasion : tu veux un mojito ? Ah putain ! Tu ne veux pas venir chanter au karaoke ? Ah putain ! Il est sympa, ce feu de bois. Ah putain ! Bref, ce soir-là, avec Chloé, Thomas, Clarisse et Alex, inutile de dire qu’on aura bien rigolé.

« Ce paiement n’a pas pu être effectué. Veuillez réessayer. » 1er janvier 2019, 7h du matin, la tête enfarinée, nous lisons ce message. Léo et moi nous sommes levés aux aurores pour voir le premier lever de soleil de l’année. Puis, pour attendre nos copains qui ne se lèveraient qu’une heure et demie plus tard (les flemmards), nous décidons avec entrain de prendre nos billets d’avion pour la Birmanie. Attention, spoil : finalement, nous n’irons pas. Car si la transaction a échoué et nous ne recevons pas nos billets, les 176€, eux, sont bel et bien partis de notre compte. Pas de billets, argent en moins. Nous commençons l’année sur une note quelque peu désagréable. Plus de peur que de mal : à l’heure où je vous écris, le 15 janvier, l’argent nous a été rendu. Qu’à cela ne tienne, pour une fois, nous écoutons les présages et optons pour un vol en direction de la Malaisie à la place !

« Xamb lai lai » (Littéralement : c’est très délicieux). Je félicite ainsi la petite dame de notre auberge sur les 4000 îles qui nous a cuisiné un de nos meilleurs repas au Laos. Pourtant, le restaurant ne payait pas de mine, et il était vide. Cela faisait déjà 2 jours que nous étions sur place et avions essayé tous les restaurants alentours sauf celui de notre propre auberge. Nous nous étions résolus à nous y sustenter pour une raison bien simple : l’envie de bouger que le moins possible. Finalement, le repas nous aura coûté 30 000 kips, soit 3€ pour deux. Une très bonne surprise !

« 2$ ». Pardon ? 2$ pour tamponner une sortie de territoire laotien ? C’est hors de question. Ce n’est que le début d’une guerre d’usure que nous entamons contre la corruption à la frontière entre le Laos et le Cambodge. Armés de patience et de la certitude d’être dans notre bon droit, nous (un groupe de 7 Français qui venions de nous rencontrer – Sauf Thomas et Chloé, que nous connaissions déjà bien, et Marc, rencontré à Bangkok, et que nous venions de retrouver !) resterons pendant 3h dans cette frontière, jusqu’à obtenir notre visa pour 30$, tout pile, le prix légal. Nous jouerons aux dés, parlerons avec eux, bloquerons un guichet, nous affalerons par terre pour lire, jouerons de l’harmonica, leur demanderons poliment des reçus pour ces dollars supplémentaires, sortirons nos sandwichs… Bref. Nous économiserons surtout 10$ chacun et garderons nos principes saufs ! « Ah, French people… always more difficult with you ! » entendrons-nous pour finir.

Au Laos : Khop chai laï laï (merci) !

A vous, qui nous suivez ici : MERCI et BISOUS ! On se retrouve au Cambodge !

PS : Depuis la dernière fois, j’ai perdu mes lunettes de soleil, mes créoles (Tristesse infinie…) et mon bracelet fait à partir des bombes américaines larguées au Laos. Léo, lui, a perdu sa casquette (je crois qu’il est triste aussi).

PPS : Léo n’est pas allergique à la mangue. Mais il n’aime pas ça.
(L’homme est plein de surprises, décidément.)

Clémence

5 réflexions au sujet de “Le Laos, par tranches de vie”

  1. Et voilà le Laos derrière vous, mais en fait non. Les souvenirs s’accumulent, se répondent. N’a-t-on pas le regret quitter si vite un pays dans lequel tant d’émotions ont émergé ? Merci pour cette ouverture. Bonne route au Cambodge, si proche et si différent. Nous vous embrassons. Papa, Dom, Anita

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    1. Nous pourrions effectivement nous installer là-bas pour continuer à profiter de ces émotions. Mais nous en découvrons des nouvelles en quittant ce pays aussi (nostalgie peut-être) et continuons notre petit bonhomme de chemin au milieu de ces tranches de vie.

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    1. Hahaha merci Soso ! On s’est creusé la tête avec juste « 3dprintingsc » comme pseudo, mais Skudey, c’était trop facile !
      Je t’avoue qu’au bout de 3h devant les douaniers au visage fermé et impassible, on a commencé à se sentir un peu faiblir… Hahaha ! Trop cool si on pimp ton RER 😘

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