Au fil de l'eau, Déguster

Melacca ou le bonheur d’une rencontre

Bonsoir lecteur !

On se retrouve à Melacca, notre dernière étape de Malaisie. Déjà !

Après Georgetown au début de notre périple malais, Melacca (ou Malaka, ça dépend de ton humeur) est la deuxième ville classée entièrement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ah, de cette ville, nous avions entendu tout et son contraire.

  • « C’est très beau, très sympa ! Il y a plein de choses à faire et à voir. »
  • « Passez votre chemin. »
  • « J’ai adoré ! Plus beau coucher de soleil de ma vie sur la mosquée sur l’eau. »
  • « Franchement, un jour, ça suffit largement. Après, y’a plus rien à faire. »

Ah, cette logique du « à faire, à voir »… Difficile de s’en extraire, pour tous les voyageurs. Nous sommes sur un fil. Notre fragile équilibre se trouve entre la quête des must-see, des attractions touristiques (qui, si elles ont le désagrément d’attirer les foules, le font bien souvent pour une raison très valable) et l’envie de profiter de l’instant présent, spontanément, pour être réceptifs aux surprises de la vie.

Trop pressés de visiter les « choses à faire », nous risquerions à la fois de nous retrouver sans cesse au milieu de touristes pas nécessairement très respectueux, et surtout de nous enfermer dans cette bulle qui nous couperait des populations locales. Réserver des tours auprès des agences, cela dispense de prendre le bus comme les habitants, par exemple. Comment avoir un réel échange, si nous nous cantonnons aux restaurants pour touristes et évitons la street food que pratiquent pourtant tous les travailleurs ? Sans parler de la frustration qui pourrait être la nôtre, car évidemment, nous ne pourrons jamais « tout faire, tout voir ». Eh bien oui, il faut aussi prendre le temps de vivre, ressentir, respirer, pour mieux apprécier les merveilles qui nous sont données à voir. Nous avons décidé de ne pas faire la course.

Pour autant, se placer dans une optique purement spontanée et ouverte à l’inconnu peut vite nous faire basculer dans une passivité qui n’a rien de positif. Nous pourrions ne pas faire les bons choix, ou passer à côté de belles choses par simple manque de renseignements. Très tôt dans notre voyage, nous avons ressenti les dangers (pour nous, bien sûr) de l’enlisement. A ne rien prévoir, certes, nous aurions pu passer 3 mois à Ko Phi Phi… Mais telle n’était pas l’optique de notre voyage, qui reste l’envie de découvrir le monde (et… nous-mêmes, au passage). Il nous faut donc certes, ne pas prévoir de manière trop rigide, mais tout de même nous informer. Ne pas nous imposer de course aux attractions touristiques, mais sans passer à côté des must-see de la région.  Visiter le Cambodge sans aller aux temples d’Angkor, cela n’aurait eu aucun sens par exemple.

Pourquoi est-ce que je te raconte tout cela ?

Eh bien pour que tu comprennes notre état d’esprit en arrivant à Melacca : nous ne nous attendions pas à grand-chose, mais j’avais tout de même passé le trajet en bus depuis Kuala Lumpur à Melacca à nous renseigner sur 1) les auberges 2) ce que nous pouvions y visiter 3) les spécialités culinaires. Restait simplement à trouver le bus qui nous emmènerait depuis la gare routière de Melacca au centre-ville. Oh, bien sûr, nous aurions pu prendre un tuktuk, comme tout le monde… Mais nous n’aurions alors pas rencontré Mohan !

Mohan, 72 ans, nous a abordés à la gare routière en nous demandant où nous allions. Il nous a ensuite pris sous son aile, pour nous indiquer quel bus prendre. « Do you like Malay food ? », qu’il nous demande, le Monsieur… Et de fil en aiguille, en papotant pour attendre ce bus qui mit finalement 2h à venir (eh oui, c’est ça aussi, d’avoir le temps : il ne faut pas être pressé en Asie, moi j’vous l’dis), Mohan finit par nous inviter à venir apprendre à cuisiner indien chez lui le lendemain !

Ni une ni deux, on échange les coordonnées, et on définit même le menu : poulet tikka masala et poulet korma pour Léo, différents dahls (sorte de sauce à base de légumineuses, souvent des lentilles) pour moi !

Nous arrivons chez lui, et surprise : Mohan a déjà préparé tous les ingrédients, tout découpé… Adorable ! On se sentirait presque gênés mais réalisons très vite que Mohan est un peu seul, et a beaucoup beaucoup beaucoup de choses à raconter et à partager. Nous apprécions simplement le moment, apprenons beaucoup, prenons plein de notes… et finirons par déjeuner à 16h30 ! Sans surprise, c’était absolument délicieux ! Les parents de Mohan étaient indiens et il a appris à cuisiner auprès de sa maman… Très bientôt tu auras donc une super recette du poulet Tikka Masala.

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Les épices : le nerf de la guerre !
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Un cours de cuisine de qualité !
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Et ta-daaa ! On s’est régalés. (Mohan nous a même fait des doggy bags… !)

Nous rentrons le soir et parcourons le marché de nuit. L’occasion pour moi de goûter un des desserts locaux : le cendol. Il est constitué de glace finement râpée, de lait de coco, de haricots rouges, et surtout de leur sucre très parfumé : la gula melaka. Je me régale ! Nous n’avons pas grand-chose d’autre à dire sur le marché de nuit : c’était un peu Disneyland, les conducteurs de tukstuks ont chacun leur enceinte et leur décoration Hello Kitty, Nemo ou Princesse… Seuls les touristes chinois montent dedans : on vous laisse un peu imaginer l’ambiance !

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C’était si bon. Ça n’en a pas l’air, j’en conviens.

Le lendemain, nous sommes invités à goûter chez Mohan pour goûter les spécialités sucrées. Nous nous promenons toute la première partie de la journée et visitons la ville. Elle ne nous fait pas le même effet que Georgetown, mais on peut bien y admirer à nouveau ce mélange culturel qui fait la Malaisie. Cette fois-ci, nous avons l’impression que la communauté chinoise l’emporte largement sur la communauté indienne. Voici un petit aperçu de cette ville au charme certain, dans la journée (oui, parce que le soir, c’est Disneyland, tu te souviens ?).

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Mosquées et chinoiseries

 

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Les jolies surprises : des patios et trous de lumière et de végétation dans chaque magasin

Nous nous dirigeons ensuite vers chez Mohan, afin de goûter différentes spécialités sucrées. Notre nouvel ami nous a cuisiné un dessert au Tapioca, au lait de coco, à la patate douce et bien sûr, au gula melaka ! C’est… bon, mais pas cela méritera quelques ajustements pour nos palais occidentaux !

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Les petites douceur et les aubergines à la sauce aigre-douce que Mohan nous a spécialement faites parce qu’il voulait nous les faire goûter la veille mais avait oublié. Quelle gentillesse !

Au moment de quitter Mohan, celui-ci nous offre des bracelets d’amitié (ceux-ci prennent alors tous leurs sens) de sa confection, puis même un couvre-chef chacun qu’il a lui-même tricoté. Mais attention, pas n’importe lesquels : un bonnet et un béret à l’effigie du drapeau de la Malaisie ! Mohan sait s’occuper…!

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MERCI !

Vient l’heure de quitter notre ami, encore tout émus de cette belle rencontre.  Nous sommes regonflés de gratitude. Heureusement, ce qui nous attend est un point fort de notre visite de Melacca : nous allons voir le soleil se coucher sur la fameuse Masjid Selat Melaka, une mosquée sur l’eau. Les nuages sont au rendez-vous mais nous ne sommes pas déçus pour autant. Voyez plutôt :

_MG_2427_MG_2452created by dji camera Une belle manière de dire au-revoir non ?

Voici donc une visite qui s’achève sous le signe de la rencontre et du partage. La Malaisie a eu beaucoup à nous offrir, et pourtant nous n’en avons pas vu grand chose : nous reviendrons, pour sûr !

Allez, je te laisse, on a un scooter à aller louer !

Zoubs,

Clémence

3 réflexions au sujet de “Melacca ou le bonheur d’une rencontre”

  1. Je vous retrouve avec beaucoup de plaisir après cette période dédiée aux amis grenoblois et briançonnais, au plaisir du ski retrouvé. Comme tu l’écris Clémence, voyager c’est littéralement suivre une voie, mais celle-ci n’est pas que terrestre. C’est finalement difficile. Merci de nous avoir fait partager cette rencontre avec ce vieil homme et de montrer que les patchworks d’hommes et de femmes d’origine si différentes sont résolument possibles. Je vais vite à la relation suivante. Dom, Papa

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